[halshs-01762983] Le peuple obscène, ou les atours élitistes et répressifs de la sociabilité théâtrale en Révolution

6 mois 3 semaines ago
De nombreux critiques, dont la défense des règles académiques est le gagne-pain, voient dans la présence du peuple-aimant le mélange des genres ou prompt à censurer-l'une des causes de la dégénérescence du théâtre. Le poids devenu prépondérant de la vox populi n'enlève-t-il pas à ces journalistes une partie de leur influence ? Le « gros goût bourgeois », l'indécence populaire supposée sont des lieux communs de leur discours sur la distinction, à géométrie variable de la province à Paris, au travers duquel se maintiennent ou s'affirment des dominations sociales dont Grimod de la Reynière ou Fabien Pillet sont les chantres. En charge du maintien de l'ordre, et malgré l'augmentation des soldats en faction dans les salles, les municipalités échouent pour leur part à canaliser les émotions d'un public très divers, échauffé par l'exiguïté des lieux de représentation et par les enjeux politiques qu'il subodore derrière la moindre réplique, le moindre chant. Les villes multiplient pourtant les interdits, qui nous dévoilent en creux la nature des troubles : gestes et attitudes grivois, lancers de fruits et légumes (variables selon la production locales), cris ou chants séditieux, charivaris, bagarres, envahissement des coulisses à la recherche des actrices, etc. Asseoir le parterre, repousser les plus humbles au « poulailler », tel que l'a expérimenté l'architecte Ledoux à Besançon au milieu des années 1770, devient un enjeu politique et social, au grand dam d'auteurs comme Mercier ou Marmontel. Le processus de sacralisation du texte, des artistes, la partition des espaces prendront plus d'un siècle pour aboutir, au prix de nombreuses altercations collectives et spontanées. Désireuse d'unanimité, bien plus que d'égalité, la Révolution, pour l'heure, n'efface ni la hiérarchie des convenances, ni les processus de discrimination à l'oeuvre sous l'Ancien Régime.
Philippe Bourdin

[halshs-01762937] Gloires encombrantes. Les retraités de l'Opéra sous le Directoire

6 mois 3 semaines ago
Très inégalitaires, les pensions distribuées par l'Opéra à ses retraités n'égalent pas de surcroît, la Révolution venue, le niveau de vie que continuaient d'assurer à ceux-ci sous l'Ancien Régime leurs riches protecteurs. Leurs versements irréguliers donnent lieu à de nombreuses procédures ; leur insuffisance à des tentatives, souvent désespérées, de revenir sur scène pour quelques soirées, au nom du succès passé et du prestige maintenu. La chanteuse Sophie Arnould, la danseuse Marie-Madeleine Guimard, par leurs lettres, nous permettent de reconstruire la perception qu'elles ont de leur carrière et du temps présent. Ralliées au nouveau régime, elles sont sauvées par leurs engagements différents, par leurs vertus sociales qui subsument un libertinage oublié à l'heure où s'affirme la morale familiale de la sans-culotterie, par leurs caractères qui les mettent au-delà du commun masculin.
Philippe Bourdin

[hal-01865526] Artistes dramatiques en Révolution. Contraintes et choix sociaux et politiques

6 mois 3 semaines ago
À partir des artistes des théâtres du Nord et de Montpellier, cet article montre les permanences dans leur recrutement et les mutations induites par les événements révolutionnaires. Au titre des premières, les troupes continuent de connaître un recrutement endogame et endogène, et attirent toutes les catégories sociales, particulièrement la bourgeoisie frappée par une véritable théâtromanie depuis les années 1770. Au titre des secondes, le théâtre accueille de plus en plus de déclassés : enfants de nobles et de planteurs ruinés, artisans et ouvriers ayant perdu leurs patrons ou leurs clients dans l’émigration, etc. Mais ces reconversions sont rarement définitives. La carrière et l’économie théâtrales sont en effet fragiles, sensibles aux crises financières, militaires, politiques.
Philippe Bourdin

[hal-01865530] Troquer ses anciens habits pour ceux d’artiste de scène entre Révolution et Empire. Une reconversion socioprofessionnelle durable ?

6 mois 3 semaines ago
L’espace économique et social des théâtres connaît de fortes mutations dès le milieu XVIIIe siècle et évolue bientôt encore en Révolution avec la suppression du privilège monarchique des spectacles. L’entrée dans la carrière de nouveaux artistes, venus directement à la scène ou passés par d’autres activités, modifie de manière constante les contours de tout un groupe socio-professionnel. Cet article se propose de questionner la mobilité sociale, professionnelle et géographique des artistes de théâtre en province dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, et notamment les phénomènes de reconversion et de reclassement à l’œuvre dans l’Ouest ligérien de la France.
Cyril Triolaire

[hal-01865392] Reconversions et migrations professionnelles. Le monde des musiciens et des comédiens à l’heure de la Révolution et de l’Empire

6 mois 3 semaines ago
Ce dossier thématique de la revue Siècles croise histoire sociale et histoire culturelle pour mesurer les effets de la Révolution française sur les carrières des comédiens, musiciens et chanteurs. Il interroge la notion de « reconversion sociale », phénomène qui n’est nullement propre à la décennie considérée, pour en mesurer les dimensions dans un moment de fort bouleversement politique et de mutation accélérée des hiérarchies sociales. Cette mesure repose sur des échelles différentes : chœurs et musique subventionnés comme la Chapelle du Roi, maîtrises assurant traditionnellement la promotion des enfants du Tiers état, troupes de théâtre en place à Nantes, Montpellier ou dans les théâtres du Nord, vedettes des salles parisiennes, auteurs du répertoire. Quelles sont les promotions et quels sont les déclassements induits par les années 1790, sur quels critères et à quel rythme ?
Philippe Bourdin

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Il y a 2 heures 53 minutes